La croissance de la paroi - Sain Sabot

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Une nouvelle approche de la croissance de la paroi

Par KC LaPierre © 2004

(traduit par Xavier Méal, D.A.E.P.)

Tout au long de ma carrière de maréchal-ferrant, il m’a souvent été posé la question de ce qu’il faut faire pour obtenir une meilleure croissance de la paroi.

Ce qui m’a rapidement amené à me poser la question de comment la paroi croît jusqu’au sol tout en demeurant fermement attachée à P3 et tout en suspendant la phalange distale en son intérieur ?

Traditionnellement, il est admis que la production continuelle de tubules de corne par le bourrelet coronal est responsable du mouvement vers le bas de la paroi. Cette théorie me semblait simplifier à l’extrême les choses et devint, à mes yeux, inacceptable au fur et à mesure que je progressais dans mes recherches.

La paroi est en elle-même très complexe et constituée de structures distinctes et définissables. Dans le cadre de mon métier, le passage au pied nu me permit de faire des observations bien moins évidentes à faire quand un pied est ferré.

L’une de ces observations fut l’augmentation de la production de la couche interne de la paroi, ou plus exactement de l’interstratum medium ou stratum medium. Les lignes suivantes sont extraites des Veterinary Notes for the Horse Owner publiées par Horace Hayes en 1877, qui ont fait depuis l’objet de nombreuses rééditions augmentées et révisées : « De la corne apparaît être secrétée par la chaire feuilletée.

Le processus de réparation après des opérations chirurgicales impliquant le sabot prouve que ceci survient. » Ces lignes et d’autres observations couchées par écrit tendent à indiquer que la totalité de la production de la paroi n’intervient pas qu’au bourrelet coronal.

Mes théories ont pris forme au fil du temps ; en voici les grandes lignes. La couche la plus interne de la paroi contient un plus fort pourcentage d’humidité et est constituée essentiellement de corne intertubulaire. Cette corne intertubulaire n’est pas vascularisée (ne contient pas de vaisseaux sanguins) et est produite par les lamelles secondaires de la chair feuilletée.

Cette couche non vascularisée, appelée couche épidermique, dépend des capillaires (les petits vaisseaux qui joignent veines et artère) du tissu dermique adjacent de la chair feuilletée (qui couvre la phalange distale) pour recevoir les nutriments nécessaires à la production des cellules qui composent cette corne intertubulaire.

La corne intertubulaire molle produite par la chair feuilletée peut être décrite comme un plastique souple ou une substance à la texture semblable à celle de l’argile, qui se lie aux

tubules de cette couche la plus interne et les relie entre eux.

Je formule l’hypothèse que cette corne intertubulaire agit comme véhicule du mouvement vers le bas de la couche externe de la paroi, tout en procurant un attachement stable et très solide de la paroi à la phalange distale (P3) via l’attachement aux lamelles de la chair feuilletée.

La couche la plus externe de la paroi est produite par le bourrelet coronal avec des tubules qui descendent du bourrelet coronal jusqu’au sol et dont les cellules de corne intertubulaire qui les lient entre eux sont produites dans les vallée des papilles du bourrelet coronal.

La corne intertubulaire produite par le bourrelet coronal agit comme de la super-glue. On trouve dans la couche la plus extérieure de la paroi un pourcentage de tubules par rapport à la corne intertubulaire plus élevé que dans la couche la plus interne. Les tubules de la couche la plus externe sont étroitement compressés entre eux.

La couche la plus externe de la paroi est moins hydratée que la couche la plus interne, et une fois complètement kératinisée, forme une barrière protectrice très dure qui prévient la déperdition d’humidité de la couche la plus interne.

Ceci est accompli en limitant la pénétration vers l’extérieur ou la sortie vers l’extérieur de substances solubles dans l’eau. La couche la plus externe et la couche la plus interne de la paroi semblent stratifiées l’une avec l’autre par le biais d’un très solide lien de kératine.

Il en résulte que le mouvement de la couche interne, à la fois vers l’extérieur et vers le bas, permet le transport de la couche la plus externe vers le bas.

Il est communément admis qu’il faut approximativement douze mois pour la paroi pousser depuis la ligne de poils jusqu’au sol. Cela peut être vrai pour la couche la plus externe, mais mes études sur le terrain ont produit des preuves du contraire.

La croissance des couches internes aide à accélérer la croissance des couches externes, quand le stimulus (chocs et pressions) reçu par le stratum medium est correct. La croissance du stratum medium est apparemment proportionnelle à l’épaisseur de corne intertubulaire, mesurée à angle droit des tubules (LaPierre, in The Natural Horse, 2002).

En faisant appel à la mécanique des fluides, on peut expliquer la façon dont la paroi du sabot pousse en direction du sol tout en restant solidement fixée à l’os qu’elle entoure.

Selon une de ses lois, un fluide s’écoulant sur une surface est en réalité stationnaire au niveau de la couche en contact avec la surface sur laquelle il s’écoule, mais plus ses différentes couches s’éloignent de cette surface, plus leur vitesse croît.

Par ailleurs, on sait qu’un fluide présentant une viscosité importante s’écoule de façon laminaire (sans turbulences). Ces principes, appliqués à la corne intertubulaire (qui peut être définie comme un fluide, extrêmement visqueux, certes, mais néanmoins un fluide), permettent de répondre à beaucoup de questions.

Je formule donc l’hypothèse que lorsque l’épaisseur (profondeur) des couches internes du

stratum medium augmente, la vitesse du mouvement vers le bas des couches externes

s’accroît, la corne intertubulaire des couches internes entraînant les couches externes. A un certain point, la vitesse de descente des deux atteint l’équilibre ; en même temps, il y a peu ou pas de mouvement de la surface la plus interne de la paroi du sabot.

L’application de ce principe expliquerait la stabilité de la troisième phalange à l’intérieur de la boîte cornée (LaPierre, in Natural Horse , 2003).

Il est important de bien comprendre les fonctions de chacune des couches de la paroi (la plus externe et la plus interne). La plus interne (interstratum medium) dont la proportion de fort de corne intertubulaire dure par rapport au nombre de tubules est plus forte, présente une bien meilleure capacité à dissiper les forces créées par l’impact que la plus externe, plus dure.

La couche la plus interne étant plus flexible (pliable), elle possède une plus grande force mécanique et est plus résistante à la fracture que la couche la plus externe. La couche la plus interne agit comme un tampon entre la chair feuilletée et la couche la plus externe, dure, de la paroi ; elle permet aussi la dissipation de ces énergies, prévenant l’apparition de traumatismes qui pourraient avoir pour conséquence la rupture de capillaires ou l’inflammation de la chair feuilletée.

La couche la plus externe étant plus dure et plus cassante, présente de meilleures dispositions pour protéger contre l’abrasion, et agit comme une barrière protégeant la couche la plus interne des rudesses de l’environnement.

Une substance appelée périople, sorte de vernis, procure une protection à la corne de la couche la plus externe nouvellement produit par le bourrelet coronal. Le périople est produit par les papilles du bourrelet périoplique.

Il est intéressant de noter qu’on peut remarquer que sur les sabots dont la couche la plus interne de la paroi est fine (déficience en corne intertubulaire), les occurrences de présence de sérum sanguin (contusion) dans la ligne blanche au niveau du sol sont plus fréquentes, bien plus que dans les sabots ayant une couche la plus interne de la paroi suffisante (présence de corne intertubulaire).

Ces observations amènent à penser que la fonction de cette couche la plus interne de la paroi est d’absorber les chocs, avec les énergies dissipées à angle droit par rapport à la couche la plus externe de la paroi, ce qui prévient les ruptures de capillaires. La couche la plus interne de la paroi permet la nécessaire distorsion sans perte de stabilité structurelle.

J’ai observé la disparition graduelle d’anneaux de croissance ou de stress quand la couche la plus externe de la paroi est parée de façon à ne pas entrer en contact avec le sol.

Cela tendrait à indiquer que cette couche la plus externe de la paroi a pour fonction de protéger et pas de porter. La couche la plus interne est censée porter et dissiper les chocs, tout en agissant comme transporteur de la couche la plus externe.

En mettant en charge la couche la plus externe de la paroi, comme cela est toujours le cas avec la ferrure, on inhibe la capacité du sabot à dissiper les chocs par la couche la plus interne de la paroi.

Les énergies sont transmises selon un vecteur proximal, vers le haut de la couche la plus externe, ce qui accroît le taux de croissance de cette couche (chocs et pressions sont le stimulus de la croissance).

Les anneaux de croissance ou de stress (cercles) apparaissent quand le taux de croissance de la couche la plus externe est supérieur à celui du véhicule censé la transporter vers le sol, c’est-à-dire la couche la plus interne.

Quand les énergies sont correctement dissipées à travers la couche la plus interne de la paroi et les autres systèmes de protection du pied, moins de chocs atteignent le bourrelet coronal et l’harmonie entre la croissance de la couche la plus externe et celle de la couche la plus interne est maintenue.

Les anneaux de croissance (ou cercles) peuvent être « lus » comme l’indication d’une perte d’harmonie des fonctions du pied.

Références :

• Benoit P., Barney E., Regnoult J.C., et al : Comparison of the damping effect of different shoeing by measurement of hoof

acceleration. Acta Anat, 1993, Vol. 146, pages 109-113.

• Butler D. : The Principles of Horseshoeing II. Self-publsihed, Missouri, 1985.

• Hayes M. H. : Veterinary Notes for the Horse Owner. 1877 (Rep. By Stanley Paul & Co. Ltd. London, 1972)

• Kainer R. and McCracken T. : Horse anatomy, A Coloring Atlas. Alpine Publications. Colorado, 1994.

• LaPierre K.C. : The Chosen Road, Achieving High Performance through Applied Equine Podiatry. Naked Greyhound Press, Delaware, 2004.

• Leach D., Oliphant L. : Ultrastructure of the equine hoof wall secondary epidermal lamellae. American Journal of Veterinary Research, 1983, Vol. 44, Pages 156-157.

• Pollitt C. C. : The basement membrane at the equine hoof dermal epidermal junction. Equine vet j. :26, 399-407 (1994).

• Pollitt, C. C. : Color Atlas of the Horse’s Foot, 1994, Mosby-Wolfe, London.

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